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Une femme a senti qu'en courant à sa joie, elle risquait fort de courir à sa perte. Elle recourt donc à une ruse toute simple et digne d'un coeur d'enfant : mettant la Vierge dans sa confidence, elle l'engage pour moitié dans son aventure et laisse entre les bras de son image l'un de ses souliers.

Prouhèze, désormais - tel est son nom - sera vouée à boiter, et ne pourra plus faire un pas dans l'existence sans être protégée, y compris contre ellemême, par cette boiterie. Cette histoire - une folle, sublime, déchirante histoire d'amour -, Claudel a voulu la développer à travers les années et par-delà les mers, afin de faire sentir comment le sacrifice d'une âme noble va élargissant autour d'elle, pareille à une pierre jetée dans l'eau de la création, ses anneaux divers et concentriques.

Et pour mieux en faire résonner toutes les harmoniques, il a choisi comme décor de cette chasse spirituelle ce sou d'or suspendu dans les cieux qu'est notre globe, moins d'un siècle après que Christophe Colomb eut achevé d'y découvrir le Nouveau Monde.

Autour du couple que forme l'héroïne avec son bienaimé Rodrigue, l'imagination foisonnante du poète sème à pleines poignées tout un peuple de figures épisodiques ou immortelles : grammairiens ou conquistadores, jésuites et pauvres pêcheurs, religieuses ou Grands d'Espagne, actrices dupées, peintres japonais, chinois, drapiers et cavaliers, c'est par dizaines que se comptent ceux qu'il invite à son grand défilé d'êtres.

Claudel bâtit sur le modèle d'un auto sacramental digne de son cher Calderón, mais revu par Eschyle et Shakespeare, une pièce qui se veut à la mesure du monde et de la scène.

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 Note : 5 sur 5

Admirable, divine, farcesque, voire potache : Olivier Py décongestionne la poésie claudélienne, trop souvent boursouflée par un lyrisme luxuriant sinon pompeux. Cinq ans après sa mémorable mise en scène du Soulier de satin, le directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe plonge à nouveau dans les eaux profondes de cette œuvre immense. Journal La Terrasse.

Le 13/03/2009 - Par Gwénola David




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