Si Lars Norén occupe une place de choix sur les scènes européennes, c'est qu'il porte sur le monde un regard des plus aigus. En reconstituant à partir de personnages en miettes le puzzle d'une société broyeuse d'humanité, il signe avec Kliniken une saisissante fresque, portée par des acteurs à fleur de vie, à fleur de peau.
Quelques jours chez les fous. Tel pourrait être le titre de cette pièce où l'on regarde vivre ensemble les patients d'un hôpital psychiatrique. Mais le terme de fou ne dit rien de la réalité des sentiments, des souffrances et des pathologies. Ni de ce qui les a fait naître : racisme, guerre ou encore manque d'amour. La vertu de Norén est justement de rendre proches - frères et soeurs - ces détraqués qu'on soustrait à la vue comme on sectionne la branche malade d'un arbre : pour éviter la contagion. Car leur démence interroge nécessairement celle de ce dehors qu'ils ne souhaitent même pas retrouver tant il les terrorise. A travers leurs phobies et leurs hantises, ce sont les peurs et les obsessions
d'un autre grand corps malade qui sont mises à jour : celles d'une société poursuivant des intérêts égoïstes.
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