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Par Moïse Touré et Jean-Claude Gallotta

2147, une date issue de la statistique, ridicule par sa précision administrative, scandaleuse par l'impuissance et le cynisme qu'elle suppose. Le metteur en scène Moïse Touré a invité le chorégraphe Jean-Claude Gallotta à l'accompagner au Sénégal et au Mali pour aller y voir de plus près, pour proposer à des artistes africains de s'exprimer avec eux sur le sujet, par la fiction, par la scène.

On sait le goût commun de Moïse Touré et Jean-Claude Gallotta pour les scènes hors théâtres, hors des circuits habituels, leur goût pour les formes libres qui n'emprisonnent pas les genres, qui ne se laissent pas dicter leur loi par les contraintes économiques. MBr< Naguère, on les a retrouvés l'un et l'autre, séparément, dans des lieux improbables, des cours d'immeubles, des écoles, des prisons, des bouts du monde. On les y a vus proposer des moments de grâce avec trois projecteurs et quatre interprètes. L'Afrique leur permet de retrouver cette âpreté-là, bien que le metteur en scène et le chorégraphe en aient au départ une vision très différente, Moïse Touré en est issu, Jean-Claude Gallotta la découvre.

En juin 2005 et janvier 2006, ils sont partis à la rencontre de danseurs et comédiens, à l'Ecole des Sables de Dakar, à l'Institut national des Arts, au Ballet national du Mali...
Ils ont rencontré à Bamako la musicienne Rokia Traoré à qui ils ont demandé de faire partie de l'aventure, ils y ont animé ensemble un stage-audition au terme duquel ils ont sélectionné neuf danseurs et acteurs africains. Parallèlement, une commande de textes a été faite à trois écrivains, le sénégalais Boubacar Boris Diop, le congolais Dieudonné Niangouna, le français Hubert Colas.Sans doute le théâtre, la danse, la musique ne peuvent-ils rien contre cette chronique d'une fatalité annoncée mais ils peuvent au moins en secouer la réalité, refuser de voir les peuples africains comme des victimes, les vouloir acteurs de leur destin.

A la phrase de Stephen Smith il faut aimer l'Afrique sans pitié répond, en écho, la réplique d'un des personnages de Boubacar Boris Diop : Et vous-mêmes qu'avez-vous donné en échange à ces toubabs qui vous ont apporté des vivres ?. Ni la condescendance racialiste, ni l'imputation de tous les maux de leur terre à la tutelle coloniale, ni la contrition de l'Occident ne sauraient bien sûr ouvrir un avenir à l'Afrique.

Si toutefois, devant cette voie étroite, nous, Occidentaux, étions tentés à notre tour par le fatalisme, écoutons et ré-écoutons la fin du même discours de l'administrateur du PNUD : Cette année, le léger rétrécissement de nos lignes de pauvreté nous a obligés à abandonner la date de 2147. Si la tendance actuelle se poursuit, la pauvreté en Afrique ne diminuera jamais de moitié.

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